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Universités : la colère monte

Une politique qui ouvre des prisons pendant qu’elle ferme des écoles est-elle démocratique ?

07/02/09. Près de 50 000 personnes ont manifesté jeudi dans les rues des grandes villes de France avec un mot d’ordre commun : sauver l’université. Une mobilisation sans précédent des enseignants, soutenus par les étudiants, contre la réforme voulue par Valérie Pecresse, la ministre de l’enseignement supérieur.

La mobilisation nationale du mardi 10 février s’annonce encore plus forte, d’autant que les réponses apportées cette semaine par la ministre et le Président semblent bien méprisantes aux milliers d’enseignants qui n’ont pas coutume de manifester à la légère...

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Ils étaient près de 50 000 en France, près de 4 000 dans les rues de Lyon. Entre Terreaux et l’université Lyon 2, enseignants, étudiants, personnels universitaires et sympathisants ont dit jeudi 5 février leur mécontentement face au mépris affiché du gouvernement vis à vis de l’université.

Une manifestation calme, sans heurts, pour dire enfin à la France entière l’impasse dans laquelle le gouvernement veut conduire le système universitaire français. Car le mouvement des facs ne date pas d’aujourd’hui. La grogne monte depuis longtemps et avant de porter le combat sur le devant de la scène sociale, les représentants enseignants ont longuement essayé d’alerter nos dirigeants. Mais rien n’y fit.

Aujourd’hui, les cours sont arrêtés, les universitaires sont dans la rue et le gouvernement, toujours, reste sourd aux voix des professionnels. Alors que Valérie Pecresse propose juste l’adoption d’un dérisoire "code de bonne conduite", Nicolas Sarkozy, dans son allocution télévisée, a tenté de réduire le combat des enseignants à une simple question de statut...

Bien entendu le statut des universitaires est en cause car il est question de lui enlever tout son sens. La décentralisation de la gestion des carrières universitaires est une mesure qui semble ne pas mesurer (ou alors trop bien peut-être ?) l’impact socialement destructeur d’une telle dérégulation. Mais le statut n’est pas la seule revendication : l’ensemble des grévistes s’est réuni autour de revendications générales communes qui exigent le retrait pur et simple du projet, l’abandon du dispositif pour la formation des enseignants et les concours, l’annulation des 1030 suppressions d’emplois annoncées et qui refusent le démantèlement des organismes de recherche.

Jeudi était une journée test. La mobilisation nationale de mardi prochain s’annonce bien plus vaste, avec sans doute une participation grandissante des étudiants. Car entre temps, les universités ne chôment pas... A la fac, rythmée par les Assemblées Générales, les enseignants et les syndicats étudiants expliquent la réforme, sensibilisent tous les étudiants aux risques aujourd’hui encourus par l’université.

"Désormais, en France, Quand il y a une Grève Personne ne s'en aperçoit" N. Sarkozy …Tu Paries ?

Reste à comprendre l’enjeu et les intérêts de maintenir un tel projet face à la fronde unanime de personnels plus que qualifiés pour juger de la pertinence de certaines réformes. Si l’opposition n’avait été motivée que par des considérations purement politiques, les facs traditionnellement considérées comme "de droite" ne se seraient pas mobilisées. La réforme semble simplement vouloir saborder le système universitaire français. Un système qui scintille pourtant encore dans le monde entier de l’effervescence intellectuelle qui l’anime. Un système qui génère encore des prix Nobel. Mais un système qui construit la pensée et l’esprit critique. Cette libre pensée que d’aucuns souhaiteraient certainement voir disparaître à terme dans le formatage universel d’un système vendu aux logiques du marché libéral.

Certains slogans scandés jeudi dans les rues lyonnaises le rappelaient : lorsqu’un gouvernement ouvre des prisons en même temps qu’il ferme des écoles, ce sont les fondements mêmes de la démocratie qui vacillent...

TB

Note : A Lyon, manifestation nationale du mardi 10 février : rassemblement à 14h00, place Bellecour

Retrouver toutes les infos pratiques sur le mouvement sur le site Rebellyon

ainsi que de nombreux articles sur la grève des facs : https://rebellyon.info

(Rebellyon que nous remercions pour les photos !)

DOCUMENT

Communiqué du SNESUP (Syndicat national de l’enseignement supérieur) du 6 février 2009 :

Dans la grève active, dans les manifestations, partout en France, nous étions près de 50 000 universitaires, chercheurs, étudiants, ce jeudi 5 février.

C’est sans précédent. La part qu’y prennent les enseignants-chercheurs est considérable et inédite, les chercheurs sont venus en nombre. La présence de personnels issus de tous les horizons du supérieur et de la recherche (IUT, IUFM, Ecoles diverses, Instituts, EPST...), avec tous les statuts -en particulier des jeunes doctorants et docteurs confrontés à la précarité-, comme les rangs de plus en plus fournis des étudiants, sont la marque d’une dynamique très rapide qui a peu d’exemples.

Ce mouvement n’est pas spontané : des organisations syndicales et non syndicales, le SNESUP en particulier, ont alerté, dénoncé et organisé les résistances en impulsant diverses formes de mobilisations depuis des semaines. Le gouvernement et singulièrement Valérie Pécresse portent une lourde responsabilité en refusant le retrait des textes et mesures contestés.

Les propos de Nicolas Sarkozy jeudi soir, qui ont porté seulement sur la revendication statutaire (rien sur l’emploi scientifique, rien de direct sur la formation des enseignants....) visaient, par un populisme affligeant, à freiner le courant de sympathie dont nos revendications commencent à bénéficier dans l’opinion.

Dans cet exercice, toutes les contre-vérités ont été mises en avant à gros traits : classements internationaux, évaluation, autonomie, comparaisons « bidon », chiffres en trompe l’œil.... Malgré le côté martial de ces sentences, le président n’a pas semblé si sûr de leurs effets. Les formules finales de ce moment du long monologue présidentiel, du genre "s’il faut discuter...", ressemblent furieusement à celles de Chirac et Villepin au moment du CPE.

Valérie Pécresse s’y est pris avec plus de lourdeur (y compris accompagnée de charges policières inadmissibles a Strasbourg) en "invitant" à une rencontre le 11 février autour d’une "charte de bonne conduite" : propos dérisoires qui ne prennent pas la mesure de la très profonde contestation d’un ensemble cohérent de textes et de dispositifs gouvernementaux dont la grève suivie et active est la preuve.

Le SNESUP n’entend pas cautionner, ni là ni sur d’autres dossiers, de telles chartes qui ouvrent sur la dérégulation statutaire. Le retrait du texte du décret est l’exigence commune du monde universitaire. C’est l’une des quatre revendications claires qui cimentent la formidable unité d’action. Solidairement avec le refus de dispositif Darcos-Pécresse avancé pour la formation des enseignants et les concours, l’annulation des 1030 suppressions d’emplois, le refus du démantèlement des organismes de recherche.

Sur le pauvre ordre du jour annoncé par Valérie Pécresse visant à adapter des logiques dénoncées par la majorité des enseignants-chercheurs, la ministre risque de se retrouver bien seule mercredi 11 février. Le gouvernement doit assumer des négociations à la hauteur des mobilisations et des enjeux scientifiques et universitaires. La poursuite de la grève, l’organisation de la réussite de la manifestation nationale du 10 février, le maintien et l’élargissement de l’unité de toutes les forces (syndicats, associations et collectifs, "inorganisés",...), de leur coordination, sont plus que jamais indispensables.


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