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Résister

D’anciens Résistants refusent les honneurs du gouvernement
Charles Paperon, Pierre Moriau et René Heitz ont combattu dans les rangs de la Résistance au cours de la seconde guerre mondiale. A ce titre, le gouvernement eût voulu les décorer d’un "diplôme d’honneur". Diplôme qu’ils ont tous trois renvoyé, refusant de servir d’alibi à une politique de démantèlement des acquis et des valeurs fondamentales défendues par la Résistance.

En 1944, le Conseil National de la Résistance adopte à l’unanimité un programme mettant en place les bases d’une nouvelle société, plus juste et plus humaine, afin que la barbarie ne puisse plus advenir. Ces bases ont servi à édifier la France telle qu’on la connait (encore) aujourd’hui. Tolérance, services publics... Lire le programme du CNR (sur Wikisource)

Difficile d’être aujourd’hui un ancien Résistant, à l’heure où les politiques bradent ces acquis et cette tolérance pour lesquels on a risqué sa vie, pour lesquels, d’autres, très nombreux, sont morts.

Pierre Moriau est scandalisé par la politique sur l’immigration mise en place par le gouvernement, qu’il juge indigne de son combat passé. René Heitz, lui dénonce une politique "néfaste" : "une politique de division, de rejet et d’asservissement. C’est la politique du fort contre le faible, des financiers contre les citoyens. C’est la politique de la suspicion permanente. Elle commence à trop ressembler, cette politique, à celle que je partais combattre le 6 janvier 1944, à 18 ans en revêtant l’uniforme de la 2ème D.B." (lire ci-dessous)

La résistance ne se conjugue donc plus au passé. C’est ce que Charles Paperon rappelle, citant Lucie Aubrac : "la Résistance ce n’est pas que le passé, aussi héroïque soit-il, elle s’inscrit aussi dans le présent".

Stéphane Hessel, Raymond et Lucie Aubrac, Charles Paperon, Pierre Moriau, René Heitz... Les anciens résistants montrent le chemin qui a fait d’eux les héros d’une France libre et humaine. Ignorer ce qu’ils nous disent serait pire que tout : ce serait ne plus accorder de place aux sages, ne plus savoir l’importance de notre mémoire.

Lettre de Monsieur René Heitz au Président de la République

Monsieur le Président,

Je reçois, aujourd’hui, une lettre de Madame le Maire de Saint-Ismier, m’informant que le Président de la République a sollicité tous les Maires afin qu’ils remettent le « Diplôme d’Honneur aux Combattants de la Deuxième Guerre Mondiale ». Cette lettre se poursuit par une invitation à une réunion au cours de laquelle me sera remis officiellement mon diplôme.

Cela m’a paru si grotesque que j’ai tout d’abord cru à un canular mais, à l’examen, il s’agissait bien de ce que je lisais. Alors je me suis demandé à quoi peut bien servir un tel document :

- A attester que j’ai réellement combattu pour mon pays ? J’ai dans mon bureau mon Livret Militaire. Il y est inscrit que je me suis présenté le 6 janvier 1944 en vue de contracter un engagement pour la durée de la guerre au sein de la 2ème D.B. connue sous le nom de Division Leclerc en formation à l’époque au Maroc. Il y est aussi précisé que j’ai effectivement et activement participé à toutes les campagnes de cette unité jusqu’à la fin des combats en Europe et même au delà. En effet, je me suis porté volontaire pour continuer la lutte en Extrême Orient, le Japon étant encore en guerre à ce moment là. Après la défaite nippone j’ai été intégré malgré moi dans le corps expéditionnaire pour l’Indochine. Au bout du compte je me suis retrouvé pendant presque quatre ans sous les drapeaux.

- Alors quoi ? Une récompense ? Elle ne saurait être comparée aux distinctions qui m’ont été décernées, je veux parler de la croix de guerre et de la Presidential Unit Citation. De toute façon je ne cherche nullement à en tirer gloire, je n’ai jamais porté ces décorations et peu de gens savent qu’elles m’ont été décernées.

A la réflexion, j’ai compris l’utilité de ces hochets distribués en votre nom. Vous espérez qu’ils vous rapporteront quelques milliers de voix supplémentaires aux prochaines élections ! Faut-il que vous vous sentiez en mauvaise posture pour ratisser aussi large ? Ce que vous ignorez, c’est que pour les quelques vieux combattants de cette époque encore en vie, tout ce qui compte c’est d’être en paix avec leur conscience. Sachez, monsieur le Président, que vos fausses distinctions leurs sont indifférentes.

Alors, monsieur le Président, le bout de papier que vous allez faire distribuer, n’a pour moi aucune valeur et je n’en veux pas. Je n’en veux pas parce qu’il est distribué dans l’espoir de consolider une politique que je trouve néfaste. Et elle est néfaste parce que c’est une politique de division, de rejet et d’asservissement. C’est la politique du fort contre le faible, des financiers contre les citoyens. C’est la politique de la suspicion permanente. Elle commence à trop ressembler, cette politique, à celle que je partais combattre le 6 janvier 1944, à 18 ans en revêtant l’uniforme de la 2ème D.B.

Pour toutes ces raisons, je ne me rendrai pas à l’invitation qui m’est faite par le maire de Saint-Ismier et je continuerai mon combat contre les forces et les hommes qui menacent notre laïcité et notre démocratie, jour après jour.

Je vous adresse, monsieur le Président, les salutations que m’impose votre fonction.

Ex-soldat de 1ère classe René HEITZ

Source : Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui

Sur France Inter, écouter l’émission "Nous Autres" de Zoé Varier du 29 octobre 2010.


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