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Les médias associatifs et la musique, par Patrice Berger

Pour le président de Radio Pluriel, la programmation musicale est dépendante du statut de la radio : associative, publique ou commerciale

Les radios pirates, depuis Campus Lille en 1969, Radio Canut radio Guignol dès 1978 à Lyon, Radio Calade à Villefranche, ont été créées non seulement pour donner de la voix aux sans voix, dans une perspective socio-politique mais aussi pour permettre la découverte et l’échange de musiques très diverses.

Plus de trente ans plus tard, la bataille pour la diversité dans la programmation musicale reste nécessaire. Les radios associatives sont un outil pour cela. Le numérique et l ’internet ouvrent des perspectives nouvelles, mais les musiciens et les gens de radio doivent s’organiser un peu plus pour s’en servir au mieux.

Une radio libre est une station de radio FM indépendante.

Rendues possibles par les techniques de la FM, faible coût pour le matériel d’ émission et développement du nombre des récepteurs dans les années précédentes, elles se développent à la fin des années 70 en Europe (avec principalement l’Italie, la France, la Belgique, sous d’autres formes en Allemagne), au Canada, aux Etats Unis, puis plus récemment mais d’une façon massive dans de nombreux pays du sud, particulièrement en Amérique latine et en Afrique. On les appelle aussi radios communautaires (au sens essentiellement de communauté locale).

En France, elles étaient très exactement 1 610 à s’être lancées, en 1981, alors que François Mitterrand qui avait affirmé avant son élection son soutien à la libéralisation des ondes accédait à la Présidence de la République. Beaucoup des radios associatives présentes aujourd’hui sur la bande FM lyonnaise étaient déjà là dès le début des années 80, Pluriel, RCT, Sol, Trait d’ Union et bien-sûr la toute première radio Canut.

Un journaliste, dans un tribune du Monde de 1981, écrivait : « Allons, messieurs du gouvernement, rassurez-vous ! Vous n’avez rien à craindre (...) de tous ces jeunes qui frappent à la porte du média. (...) Laissez venir à nous les nouveaux talents. Laissez passer les petits canards ! »

(Nous avons repris pour cette présentation des éléments dans la synthèse documentaire réalisée par la Bibliothèque municipale de Lyon à l’occasion des vingt ans de la FM française.)

Avant la FM, les grandes ondes ou AM dominaient en France.

Les radios étaient contrôlées par l’Etat. Seules sont alors autorisées les radios de service public et quelques stations dites périphériques (Europe 1, RMC, RTL) qui ont leurs émetteurs comme souvent leur nom l’indique hors de frontières du pays. L’information est partiellement sous le contrôle du gouvernement. Vers la fin des années 70, de nombreuses personnes commencent à souhaiter une alternative à ces programmes officiels. La bande FM inutilisée en France, et qui permet pourtant une bien meilleure qualité d’écoute que les grandes ondes, donne des idées à de nombreux pionniers qui créent des radios associatives ou communautaires. Ils émettent sans autorisation avec du matériel à bas coût installé sur les toits d’immeubles.

Les premières radios pirates naissent tôt : Radio Campus Lille en 1969 (qui existe toujours), ou Radio Active à Lyon qui lutte en 1976 contre la construction de la centrale nucléaire de Creys Malville. Leur puissance d’émission est ridiculement faible et elles occupent des fréquences laissées libres. Elles sont de temps en temps brouillées pour le principe. Canut à Lyon connait entre 1978 et 1980 deux procès.

Après 1984, concentration, perte de diversité pour beaucoup de radios, mais construction du mouvement des radios associatives

La loi du 29 juillet 1982, qui autorise les radios libres à émettre, brise définitivement le monopole. Les radios libres changent alors de nom et deviennent des radios locales privées (R.L.P.). L’histoire de la bande FM connaît un autre tournant décisif en 1984 avec la légalisation de la publicité par la loi n°84-742. Les R.L.P peuvent désormais choisir entre deux statuts : garder une structure associative sans avoir recours à la publicité ou devenir commerciales.

Celles qui conservent le statut associatif reçoivent une subvention d’Etat prélevée sur les recettes publicitaires, le Fonds de soutien à l’expression radiophonique. D’autres peuvent devenir des sociétés commerciales et former un maillon de l’économie. La possibilité de transformer les auditeurs en consommateurs attire les financiers de tous bords. Ces radios cherchent à plaire à leur public, mais surtout aux éventuels annonceurs. L’audience devient une marchandise.

Ces R.L.P entrent directement dans une logique commerciale concurrentielle. A la régulation par le gouvernement succède alors la régulation par le marché.

Beaucoup des stations FM indépendantes historiques disparaissent. Des rachats illégaux de fréquences se font en sous-main.

Par exemple, Carbone 14, station parisienne des premières heures, refuse de se doter d’un agencement de programmes structuré et se saborde. Le public change, il veut des émissions plus régulières, plus de professionnalisme dans l’animation. A cause de leurs difficultés financières, de nombreuses R.L.P meurent ou se réunissent sous une bannière, devenant ainsi une maille d’un réseau. NRJ adapte le concept de franchise, connu dans la grande distribution, au monde de la FM. En 1986, la loi Léotard autorise la constitution de réseaux commerciaux, qui auront le droit (en 1994) de couvrir jusqu’à 150 millions d’auditeurs potentiels avec leurs différentes stations.

Aujourd’hui, trois grands groupes privés se partagent les bénéfices de la FM, avec Radio France. Il reste 25% aux radios associatives.

L’identité des radios associatives

Dès les débuts des radios pirates, plusieurs motivations animaient les militants :

- la libre expression locale, et notamment les luttes sociales dans de nombreux territoires, sur le plateau du Larzac (Radio Larzac), dans la sidérurgie Lorraine (Lorraine Cœur d’Acier), mais aussi à Lyon, les mouvements de grève dans les entreprises, les grèves des charges dans les grands ensembles, la solidarité entre français et immigrés ont été des thèmes importants des premières émissions de radio Canut puis de radio Pluriel et d’autres radios.

- la diversité culturelle, avec à Lyon des radios comme radio trait d’ union et radio Pluriel, puis Salam, RCT, Sun

- les musiques actuelles, avec à Lyon notamment SOL FM et radio Brume

Ce sont ces deux dernières motivations qui ont conduit des générations de programmateurs le plus souvent bénévoles à la fois à faire connaître les musiques dans leurs grandes diversité et à donner la parole aux musiciens.

Quelques liens intéressants :

100 ans de radio. L’histoire de toutes les radios françaises, des stations de TSF des années 20 aux FM d’aujourd’hui. Des centaines de photos, des publicités, des biographies, des grilles de programmes. Un historique de la radio.

le comité d’histoire de la radio

le site SCHOOP, la mémoire de la FM

Radio Ecouteurs, le site de l’union des écouteurs français le dictionnaire de la radio, par Robert Prot, l’un des premiers acteurs de la libéralisation des radios FM en France

le GRER - Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Radio

le SNRL

la CNRA

la Ferarock (fédération des radios associatives rock)

Iastar (réseau des radios Campus)

l’ epra et son site d’archives

la crancra et son site d’archives

Radio Pluriel

Dogmazik et les musiques libres

Patrice Berger


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