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La RNT aura-t-elle lieu ?

Le feuilleton radiophonique à suspens autour de la question de la radio numérique terrestre se poursuit cet automne. Textes collectifs et tribunes de presse appellent au lancement rapide de la RNT ou à son abandon. Lors de son audition par la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale le 12 octobre dernier, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a redit "l’impérieuse nécessité de numériser la radio". Le gouvernement semble rester sensible aux positions anti-RNT, dans l’attente d’un nouveau rapport commandé à David Kessler.

Rien n’a fondamentalement changé depuis la commission sénatoriale du début d’année... (Lire sur MédiasCitoyens : Avenir de la radio : la Radio Numérique Terrestre en question). Le CSA, les radios associatives et bien d’autres acteurs de la radio en France militent pour le lancement rapide d’une radio numérique terrestre qui préserverait les dimensions démocratiques du paysage radiophonique, garant d’une radio libre, gratuite, universelle et dont l’écoute resterait anonyme. Pendant ce temps, les plus grands groupes de radios bloquent la situation, disant attendre une diffusion par internet mobile, qui ferait fi de cette chevaleresque mission démocratique de la radio française, mais ferait fleurir leurs horizons commerciaux...

"L’impérieuse nécessité de numériser la radio"

A l’Assemblée Nationale, comme auparavant au Sénat, Rachid Arhab, en charge du projet RNT au CSA, a de nouveau souligné "l’impérieuse nécessité de numériser la radio". (Lire le compte rendu de l’audition sur Radio Actu)

Rien n’a changé donc, sinon le front qui s’établit pour un lancement rapide de la RNT. A la veille de l’audition du CSA à l’Assemblée, deux nouveaux appels ont été lancés par de nombreux acteurs radiophoniques, publics, privés et associatifs pour un lancement rapide de la RNT. Le premier appel à l’initiative de Oui FM et de Radio FG, le second autour du SNRL (lire ci-dessous). Le lendemain de l’audition, 13 octobre, dans les colonnes de La Tribune, Arthur Essebag (dit "Arthur") de Oui FM et Antoine Baduel de Radio FG publient une tribune dans laquelle ils demandent officiellement le lancement de la RNT. Pour eux, la RNT, c’est "la possibilité de recevoir un signal numérique sur un simple poste de radio, sans ordinateur, sans abonnement ni téléphone portable". Contrairement à la solution IP mobile, qui passerait nécessairement par un abonnement à un opérateur de téléphonie. "La RNT est donc un mode de diffusion quasi universel, poursuivent-ils, novateur et gratuit, protecteur de l’intérêt général". La position de ces deux radios privées éclaire mieux encore la menace induite par la volonté hégémonique des grands groupes lorsqu’ils prônent la diffusion par IP mobile...

Un large front s’unit donc pour demander le lancement rapide de la RNT en commençant par Paris, Marseille et Nice où les radios candidates sont retenues depuis 2009. Si Oui et FG demandent encore une phase de "RNtest", le SNRL, fort de ses tests et expérimentations réalisés ces derniers mois, considère que les radios sont prêtes. "Il n’est plus temps de faire des tests", explique Emmanuel Boutterin, le président du Syndicat National des Radios Libres. Pour lui, la RNT représente les "nouvelles frontières" de la radio, sans pour autant abandonner la défense de la bande FM, outil qui reste incontournable pour une diffusion radio équitable et universelle.

Offensive anti-RNT

Mais auparavant, les premiers à relancer une offensive dans ce conflit sur l’avenir de la radio furent les représentants des grands groupes privés, forts de leur nouvel allié, Marc Tessier. L’ancien président de France Télévision, auteur d’un rapport sur la radio numérique pour le Premier Ministre et actuellement membre du conseil de surveillance de Ediradio (RTL) a cosigné avec Pierre Bellanger (Skyrock) et Sylvain Anichini (ancien directeur technique de Radio France) une tribune le 14 septembre 2010 dans le Point, censée "enterrer" la Radio numérique Terrestre. Tribune dans la quelle Marc Tessier n’hésite pas à contredire son propre rapport précédent, déjà pourtant fortement inspiré des positions pro IP mobile de Pierre Bellanger... Où la haute-voltige rhétorique vole au secours de la dérégulation radiophonique...(Lire le décryptage de cette tribune sur Radio Actu ).

La position du Ministère de la Culture

Il y a quelques mois, le ministre de la Culture expliquait encore ne pas vouloir passer outre la position des plus grands groupes de radio... Un nouveau signe est venu fin septembre, avec l’annonce du budget 2011 du FSER (le Fond de Soutien à l’Expression Radiophonique gère l’aide de l’Etat aux radios associatives). 29 millions d’Euros sont alloués cette année, soit la même somme que l’an passé. Mais l’année dernière, ces 29 millions comprenaient deux millions voués à l’aide à la numérisation. La somme est restée, mais l’objectif a disparu.

Lors de l’annonce de ce budget, Frédéric Mitterrand avait redit son soutien aux radios associatives qui "remplissent une mission de communication sociale de proximité primordiale" et sont "un élément unificateur, animant la vie sociale et réservant une large part de leur programmation à des cultures minoritaires, à de nouveaux talents artistiques ou encore à des campagnes d’intérêt général". Un soutien bien réel et chiffré, mais un oubli, tout aussi réel, de la RNT...

Le rapport Kessler

Enfin, dernier épisode en cours et à venir dans ce feuilleton RNT : le nouveau rapport commandé par François Fillon, cette fois à David Kessler. Celui-ci s’est exprimé lors du salon Le Radio, le 20 octobre dernier. Sans livrer aucune conclusion, l’ancien directeur de France Culture, estime que "la vraie question va consister à convaincre l’auditeur que la RNT lui apporte un plus", ajoutant : "tout ça ne peut fonctionner que s’il y a massivité de l’offre RNT. Je ne crois pas aux appels limités à trois zones, il faut y aller carrément". (Lire le compte-rendu sur Radio Actu)

Thierry Borde

En PDF :

L’appel "RNT : Radio Numérique pour Tous" :

PDF - 283.9 ko

L’article de Antoine Baduel et Arthur Essebag - La Tribune, 13 octobre 2010 :

PDF - 400.7 ko

La tribune de Marc Tessier, Pierre Bellanger et Sylvain Anichini. Le Point - 14 septembre 2010

Le texte de l’appel "RNT : Radio numérique pour Tous"

Signataires : SNRL, DR France, RFI, Radio Nova, TSF Jazz, Contact, LCI Radio, Crooner, R2O, TDF, Itas Tim, VDL et le GRAM et les industriels Ecreso, Audemat-Aztec, Digidia, France Broadcast, TeamCast, WorldCast System, DiBcom, REVO, Tivoli Audio, PURE et RCS.

Editeurs de radios (Radios Associatives, Radios de service public, commerciales locales et régionales, Réseaux thématiques nationaux, nouveaux entrants), leurs auditeurs, diffuseurs et industriels, nous envoyons aujourd’hui au Gouvernement un signal en faveur du lancement rapide de la Radio Numérique Terrestre en France.

Aujourd’hui, la Radio Numérique Terrestre n’est pas un projet, elle est inscrite dans la loi du 5 mars 2007, qui impose que tout récepteur permette la réception numérique à partir du 1er septembre 2012.

Nous souhaitons voir se moderniser le paysage radiophonique français. La France ne peut pas rester inerte face à la volonté d’une majorité d’acteurs de se développer, d’innover et de donner une nouvelle dynamique à ce média. Alors que plusieurs pays se sont déjà lancés dans la Radio Numérique Terrestre, la France tergiverse et donne le sentiment d’immobilisme.

Nous rappelons que la RNT est le seul moyen de garantir l’accès équitable, gratuit et diversifié au média Radio dans un paysage médiatique en plein bouleversement. Les modèles économiques de la radio reposent sur des fondamentaux que la diffusion par satellite et le mode IP ne garantissent pas.

La RNT permettra :

- un enrichissement significatif de l’offre radiophonique (la moitié du public en France, aujourd’hui pénalisé, pourrai enfin recevoir plus de 12 programmes) sans bousculer les équilibres existants ;

- le maintien d’un modèle d’accès simple, gratuit, diversifié et anonyme à l’information, la musique, la culture,…

- la garantie d’une qualité de service sans risque de brouillage ;

- une meilleure qualité du son et une extension des zones de couverture actuelles ;

- de nouveaux services de données associées « passifs » ou « interactifs » en mode connecté ;

- une offre de qualité et diversifiée grâce au rôle d’arbitre du CSA ;

- le maintien d’un réseau d’information fiable et efficace en cas d’urgence ;

- une offre numérique sur tout le territoire (y compris dans les zones rurales).

Nous souhaitons que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel délivre dès à présent les autorisations des candidats volontaires qui ont été retenus en RNT le 26 mai 2009 sur Paris, Marseille et Nice. Les autres candidats retenus pouvant rejoindre la RNT quand ils le souhaiteront.

Nous proposons également de lancer progressivement la RNT sur les 16 autres agglomérations les plus denses, initialement prévues par le CSA, afin d’initialiser le parc de récepteurs et de limiter le coût pour les éditeurs. Les éditeurs qui le souhaitent peuvent bien entendu rester sur la bande FM.

Nous souhaitons enfin que l’Etat s’engage au côté des éditeurs et des auditeurs de manière volontariste en les sensibilisant et en les accompagnant dans cette évolution, comme pour la TNT.

Le mouvement initié s’amplifie et les professionnels unis, rassemblés ci-dessous dans une alliance globale pour la radio, ouverte à tous, s’engagent à promouvoir la radiodiffusion gratuite, universelle et libre d’accès.

Contacts : SNRL Emmanuel Boutterrin – contact@snrl.fr - 04.91.55.56.85 Digital Radio Jamil Shalak - france@digitalradiodr.fr - 01.41.06.16.02


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