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Point de vue

Equilibres radiophoniques

Le SIRTI (syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes) craint une dérèglementation des publicités du secteur de la distribution. Dans un communiqué publié lundi 3 juin 2013 intitulé : "Assises de l’Audiovisuel : Le développement des chaînes de la TNT ne doit pas mettre en péril le média radio", le SIRTI demande le "maintien de l’interdiction de la publicité télévisée pour les opérations commerciales de promotion du secteur de la distribution".

Si les recettes publicitaires des radios associatives sont plafonnées à 20% de leur chiffre global, ce n’est bien entendu pas le cas des autres catégories de radios hors service public, commerciales par essence.

Schématiquement, le paysage de la radio commerciale est constitué de deux catégories distinctes : les radios indépendantes et les grands réseaux de radios. Parmi elles, le SIRTI, le syndicat interprofessionnel des radios indépendantes, défend les intérêts des radios commerciales locales, régionales ou thématiques.

Le secteur de la distribution est la première ressource des radios privées en France

Il se trouve que toutes ces radios vivent de la publicité qui vient à propos nourrir leurs grilles de programmes et leurs recettes financières. Il se trouve aussi qu’une réglementation vient elle aussi à propos abonder le fonctionnement de ces radios : les enseignes de la grande distribution ne peuvent communiquer à la télévision pour des "opérations commerciales de promotion", mais elles peuvent le faire à la radio. En résulte bien évidemment une chasse-gardée qui permet à nombre de ces radios d’exister. Le SIRTI affirme ainsi que les radios indépendantes en tirent 45% de leurs recettes publicitaires. La grande distribution est la première source de recettes pour les radios commerciales en France...

Alors, lorsque autour des Assises de l’audiovisuel organisées aujourd’hui, 5 juin 2013, au Grand Palais par Aurélie Filippetti, bruissent les conversations de couloir sur un éventuel lobbying de certains groupes de télévision pour assouplir cette réglementation à leurs profits, il est bien naturel que quelques radios privées se sentent menacées dans leur existence même ! C’est ce que rappelle le SIRTI dans son communiqué de presse publié le 3 juin : il "appelle au maintien de l’interdiction de la publicité télévisée pour les opérations commerciales de promotion du secteur de la distribution. La perspective d’une prochaine loi audiovisuelle conduit certains groupes, grands bénéficiaires des attributions de canaux TNT, à exiger des plus hautes autorités de l’Etat qu’elles assurent leurs profits futurs en télévision, sans se soucier de mettre en péril le média radio."

Le SIRTI seul dans la bataille ?

Mais alors pourquoi le SIRTI semble-t-il si seul dans cette bataille ? On comprend bien qu’il n’est pas dans la vocation des radios associatives de se battre pour la publicité de la grande distribution, mais les grands groupes de radio comme NRJ, RTL etc seraient eux-aussi logiquement impactés par une telle mesure. Le SIRTI a son explication : "Ce silence pourrait s’expliquer par les choix stratégiques des groupes plurimédias auxquels ces réseaux appartiennent, et qui peuvent envisager un effondrement de leurs réseaux de radio en contrepartie d’une rentabilité accrue de leurs réseaux de télévision. Ce genre d’arbitrages internes à ces groupes n’est pas le moindre inconvénient de la concentration des réseaux de radio et de télévision entre les mains de 3 ou 4 acteurs qui ont été favorisés ces dernières années par les pouvoirs publics"

Radio fiction...

Le SIRTI inventerait-il une nouvelle forme de fiction radiophonique prospective ? Rien n’est moins sûr. Alors permettons-nous d’imaginer la suite de cette fiction : si nous suivons la logique proposée par le syndicat des radios indépendantes jusqu’au bout, cet "effondrement" des grands réseaux de radio libèrerait donc beaucoup de place sur la bande FM où seules subsisteraient le service public, les radios associatives et les radios commerciales indépendantes. Ces dernières, le SIRTI semble l’affirmer, ne pourront supporter la baisse de leurs ressources publicitaires induites par ce mouvement.

Par ailleurs, il serait profondément naïf d’imaginer qu’il serait permis aux radios associatives d’occuper toute la bande FM aux côtés du seul service public. Cela engendrerait un coup pharaonique pour l’Etat et ceci n’est vraiment pas à la mode aujourd’hui. Enfin, il n’est un secret pour personne que les ondes occupées par la bande FM intéresse de nombreux autres acteurs (téléphonie...)

Equilibres

Force est de constater que dans les équilibres politico-économiques qui permettent l’existence de la bande FM, la participation des grands groupes privés semble essentielle. Sans eux, les radios locales commerciales ou associatives ne peuvent peser suffisamment lourd dans la balance stratégique pour permettre à ce système de diffusion de perdurer.

Rappelons que le paysage radiophonique en France est un exemple d’équilibre démocratique acquis grâce à la politique de régulation : une juste répartition entre radios locales et réseaux nationaux, entre associatif, public et privé. L’ère du numérique, du plurimédia, de la télévision connectée, en ouvrant des potentiels techniques incommensurables, découvre des horizons inexploités. Nouvel Eldorado pour les médias comme pour nombre d’acteurs économiques, le champ numérique ouvre l’appétit financier des plus gros, irrigué par une soif inextinguible de dérégulation...

Lire le communiqué du SIRTI

Thierry Borde


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